Mapuche-hommes de la terre
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20 décembre 2016
Chili: Le tir qui perturbe l’Araucanie
Adolescent Mapuche grièvement blessé.
Auteur: Pedro Cayuqueo
Twitter: @pcayuqueo

Huentecol

Le Ministère Public enquête sur l'incident qui a eu lieu dimanche 18 décembre à Collipulli, entre la police et un adolescent qui a été grièvement blessé.

À l'arrivée dans la ville de Collipulli, les visiteurs sont surpris par deux choses: d'une part, l'imposant monument dédié à Cornelio Saavedra, responsable de l'occupation militaire du territoire mapuche, situé sur la place principale et de plus encadré par deux canons sur lesquels les enfants mapuches grimpent et jouent.

L'autre chose qui attire l’attention c’est l’important contingent de police stationné dans la région, preuve plus qu’évidente de la tâche inachevée de Saavedra et de ses troupes. Ce n’est pas dans la ville même qu’on remarque sa présence, plutôt faible, selon les autorités communales, mais plutôt sur la « Route 5 sud », les carrefours de la route et, surtout, les chemins intérieurs reliant les communautés mapuches et les propriétés forestières.

Là, racontent les habitants, les contrôles d'identité sont quotidiens et à tout moment de la journée. De même les agents du Gope (forces de police militarisée) et les forces spéciales de gendarmes surveillent les travaux d'exploitation forestière et des terres agricoles. La région, assurent-ils, est un baril de poudre sur le point d'exploser. C’est ce qui est arrivé dimanche.

"Ce matin, j'étais avec mes deux petits-enfants dans le jardin de la maison et on a vu pas mal de mouvement de police sur la route », raconte Guillermo Hernandez (62 ans) à La Tercera. Il est le grand-père de Brandon, l'adolescent qui a été atteint d’un impact de balle dimanche à quelques mètres de sa maison, sur la route goudronnée qui relie Collipulli aux Thermes de Pemehue, vers la montagne.

"Mon petit-fils de 13 ans a été le premier à se rendre sur les lieux. On l’a arrêté et s’est mis à crier à l'aide. Brandon a pris son vélo et est allé voir son frère et ils l'ont arrêté. Quand je suis arrivé sur la route, tous deux gisaient sur le sol, visage retourné contre terre", ajoute-il.C’est arrivé au kilomètre neuf, très près de la ville de Curaco, dans le quartier « Las Aguilas ». Dans les années 90, une dizaine de familles urbaines mapuches de Santiago sont arrivées là, pour la plupart évangélistes. La famille de Brandon est l'une d’elles. "Mon neveu avait 2 ans lorsque les familles sont venues vivre ici. Nous suivions notre pasteur et nous avons quitté la capitale. Ici, nous avons acheté des terrains et créé « la Villa ». Nous sommes des personnes modestes, travailleuses et chrétiennes », raconte Odette Saravia, tante de Brandon.

Ce fut un retour à la terre. Et à une culture jusque-là niée. "En 2012, nous nous sommes organisé et avons créé la communauté Inkayain Tañi Mapu, pour récupérer ce qui nous appartient», dit Odette. "Nous avons également des revendications territoriales, mais nous en discutons avec la CONADI. Nous sommes organisés non pour combattre, nous le faisons pour apprendre » souligne-t-elle.

Villa de dix maisons

Dix maisons composent la « Villa Las Aguilas » Dix maisons et un temple évangélique. Là se trouvaient la plupart d'entre eux, dimanche, une fois le culte fini, quand ils ont entendu le coup de feu sur la route. Ensuite, le père de Brandon a couru, criant à l'aide le pasteur. Son fils de 17 ans se vidait de son sang sur le côté de la route. Tous ont accouru sur les lieux "Mon petit-fils a été terrassé sur la route, le visage retourné contre terre et ils ont tiré sur lui à bout portant. Ils disent que le coup de feu est parti par inadvertance et qu’il s’agissait d’un accident. Mais il n'y a aucune justification. Ils les ont arrêtés comme s’ils étaient des délinquants
et ce sont des enfants. C’est une grande faute qu'ils ont commise", dit Hernandez.

La police a parlé d'une « bagarre » entre le jeune et l'officier de police qui a tiré avec son fusil anti-émeute. Mais tout cela est démenti par les témoins de l'incident qui insistent sur le fait que Brandon n’aurait jamais résisté à son arrestation.

L’enquête du ministère public

Le procureur Carlos Bustos est chargé d’établir la responsabilité du sergent de gendarmerie, Cristián Rivera. Aujourd'hui, il est en liberté avec assignation à résidence. L'institution a également lancé une procédure administrative à la charge du Procureur administratif de la zone de contrôle de l’ordre public de Malleco. Rivera appartient à la base de Pailahueque installée depuis l’été dernier dans un ancien lycée interculturel fermé depuis quelques années. De là, opèrent des hélicoptères de la section aérienne et les effectifs du Gope.

Pour la conseillère mapuche, Alejandra Malien, de Collipulli et proche de la famille du jeune homme touché par balle: "aujourd'hui dans la municipalité, nous avons plus de tanks blindés que d’ambulances. Je reçois des rapports quotidiens de violences policières. C’est ce qui est arrivé vendredi!

Selon le procureur, les premières expertises de la police chargée de l’enquête ne permettront pas d’établir la responsabilité du gendarme. Mais l'enquête est en cours.

Traduction libre: COMABE- Bruxelles.
Terre et liberté Arauco-France


Article La Tercera:
http://www.latercera.com/noticia/disparo-altera-la-araucania/
«Reproduction autorisée à condition de citer la source.»