Mapuche-hommes de la terre
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18 janvier 2008
l’assemblée des droits de l’homme du chili.
« On vit, ici, dans les mêmes conditions que vivait le chili durant les années de dictature, nous sommes face à une situation terrifiante” déclare la commission des droits de l’homme du chili.

Source el gong et Claudia Urquieta Cavaría, journal El Mostrador

Après quatre jours dans le sud du pays et visitant des communautés mapuches de la région d’Ercilla et Vilcun, une délégation spéciale composée de membres de l’assemblée des droits de l’homme du chili a émis des conclusions qui ne sont guère réjouissantes.

Perquisitions illégales, tortures, montages et encerclements policiers, surveillance permanente, téléphones sur écoute, et harcèlements constants sont les pratiques qu’avaient dénoncé les mapuches de la zone et qu’ont pu constater, in situ, les membres de la comisión.

Lorena Pizarro, présidente de l’association des familles de détenus disparus, a déclare « c’est horrifiés et terrorisés que nous avons pu observer que l’on vit, ici, dans les mêmes conditions que vivait le chili durant les années de dictature, nous sommes face à une situation terrifiante”

La dirigeante a expliqué que parmi les pratiques les plus habituelles, on dénombre les perquisitions et détentions injustifiées, elle a ajouté “dans les zones où vivent les communautés la situation est aberrante, on y voit d’immenses poteaux avec des cameras plantés au milieu des champs et qui surveillent, des antennes qui permettent d’intercepter les téléphones et les moyens de communication”
Pizarro a déclaré : « c’était tellement impressionnant quand j’écoutais les frères mapuches, je me souvenais de tous les témoignages que nous devions donner vers l’extérieur, durant les années de dictature, essayant d’expliquer et sentant que nous étions toujours désemparés pour faire comprendre une telle brutalité »
Le groupe d’observateurs est composé par des membres de l’association des familles de détenus disparus, de l’association des familles d’exécutés politiques, de l’association ONG Action, de l’association nationale d’ex prisonniers politiques, de la commission éthique contre la torture et de l’avocat des droits de l’homme Hugo Gutiérrez.

Le commando Trizano réapparaît
Et pour rendre la situation encore plus tendue, au conflit actuel, aujourd’hui s’ajoute le retour sur la scène publique du commando Trizano, groupe para militaire de la région de l’Araucanie, qui samedi dernier, a déclaré au journal « Austral de Temuco », sa réactivation officielle, pour contrecarrer le conflit mapuche.

Ce groupe a surgit dans les années 2000, durant le conflit entre les agriculteurs, les entreprises forestières, les centrales hydroélectriques et les mapuches. « Trizano nous rappel la CNI ou la DINA. Des commandos civils qui se déplacent en toute impunité, qui tirent en l’air, ne tuent pas, mais laissent derrière eux des blessés, et frappent» a déclaré Pizarro.

« Bien que l’on ne sache pas qui ils sont et qui les dirigent, une analyse logique nous permet d’affirmer que se sont les entreprises forestières et les latifundistes » a conclut Lorena Pizarro.

Face à tout ce que la commission a vu, Pizarro a déclaré “ c’est la lutte du peuple mapuche que nous appuyons et à laquelle nous nous joignons, mais ce sont eux qui déterminent ce qu’il faut faire. Ce que nous allons faire, maintenant, c’est dénoncer la permanente violation des droits de l’homme de la part de l’état chilien et nous exigerons que se termine la militarisation de la zone »

Patricia Troncoso, surprise de l’équipe médicale nommée par le gouvernement
Face à la situation de Patricia Troncoso, en grève de la faim depuis plus de trois mois, Luis Ravanal, médecin qui fait partie de l’équipe médicale qui a examiné la militante mapuche entre les 12 et 13 janvier, a exprimé sa très grande surprise quant au transfert de Patricia vers l’hôpital de Chillan, mardi dernier.
Selon lui, on pouvait supposer que les recommandations de l’équipe médicale, nommée par le gouvernement, seraient respectées, et ces recommandations indiquaient le transfert de Patricia, dans un premier temps à Temuco, puis à Santiago. « Mais c’est par voix de presse que nous avons découvert qu’elle a été transférée à Temuco dans un hôpital qui présente les mêmes caractéristiques que celui de Temuco, c’est à dire un hôpital qui ne garantie aucune de nos recommandations médicales, comme de lui porter la plus grande attention en ce qui concerne le diagnostic, et qu’elle soit évaluée par des professionnels de très haut niveau académique et sous control permanent”
Face à cette situation, il a ajouté, « qu’il n’a reçu aucune explication et que, y compris le directeur de l’hôpital de Temuco a été aussi surpris que lui par la décision, qui selon lui n’a aucun caractère médical, mais qui émanait obligatoirement des autorités politiques »

Après les examens pratiqués sur Troncoso, les conclusions sont très compliquées, elle est maintenant en danger de mort, suite à sa grève de la faim. Le diagnostic signale : “ De plus, en cette période la prolongation de ces conditions signifie inéluctablement un progressif et plus grand risque de mort, risque qui deviendra très critique une fois épuisées les réserves en calories et protéines”. « Sont prévues des lésions irréversibles, résultats des décompressions cardiovasculaires, neurologiques, rénales, et de nature infectieuse, pour toutes ces raisons il est impossible d’estimer avec certitude le temps nécessaire pour que la patiente entre en état critique avec un risque mortel imminent »
Face à cette situation, Ravanal en a appelé « à l’humanité de ceux qui ont entre leurs mains le pouvoir de freiner cette grève de la faim ».

Demandes adressée au gouvernement
Pour sa part, Margarita Cayupi, dirigeante du bureau des affaires indigènes de la Granja, a déclaré que la situation de la militante mapuche “ est due à l’obstination de l’état, raison pour laquelle nous sommes solidaires de Patricia et de ses revendications, nous exigeons une amnistie présidentielle pour ce qui concerne les prisonniers politiques mapuches”. Elle a de plus précisé, « nous exigeons l’approbation de l’accord 169 de l’OIT, sans déclaration intempestive, ni réserve, de telle manière que puisse s’établir au chili un seuil minimum pour les droits des peuples originaires” (allusion au vote du sénat qui approuve l’accord de l’OIT mais en introduisant de nombreuses réserves et le rappel que tous les habitants du Chili sont Chiliens NDT). Margarita Cayupi a terminé sa déclaration en indiquant « nous exigeons l’adoption immédiate de moyens qui permettent de sortir de l’immobilisme actuel en ce qui concerne les politiques indigènes et que soit mise en place une gestion efficiente qui assure la participation effective des peuples concernés par les dites politiques »

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