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2 decembre 2014
Lonko Juan Pichún, requérant devant la CIDH:
«Mon père a attendu en vain que l'Etat lui présente des excuses»

Par Vanessa Vargas Rojas
El Desconcierto.CL

Lonko Juan Pichun
image: @FIDH

Le fils aîné de Pascual Pichún – lonko de la Communauté Temulemu, qui a passé cinq ans en prison après avoir été reconnu coupable d'action terroriste –, a salué la décision de la Cour Interaméricaine des Droits de l'Homme (CIDH). Il y a plusieurs années, avec d'autres, il a lancé le procès qui a finalement fini par condamner l'État chilien.

Juan Pichún était l'un des plaignants qui ont assisté à la Cour Interaméricaine des Droits de l'Homme (CIDH) pour dénoncer l'Etat du Chili pour l'application de la loi sur le terrorisme.

Son père, Pascual Pichún, était lonko de la communauté Temulemu quand il a été reconnu coupable de menace d'incendie terroriste contre la succession de Nancahue, propriété de l'ancien ministre de l'Agriculture et président de la Fondation Pablo Neruda, Juan Agustín Figueroa, et contre la ferme forestière San Gregorio.

Dans un procès, où les témoins étaient "protégés" et les procédures judiciaires fort critiquées par des organismes internationaux, Pichún a été condamné à cinq ans de prison. L'avocat du procès a exhorté son fils aîné, Pascual Pichún, et d'autres Mapuches reconnus coupables de terrorisme de poursuivre l'État chilien auprès de la CIDH, en 2011, pour obtenir, finalement, une décision judiciaire condamnant l'Etat chilien à indemniser ceux qui avaient été injustement jetés en prison. Cependant, le lonko Pichún est mort l'année dernière sans avoir pu apprendre la sentence finale.

Dans une interview avec El Desconcierto.cl, Juan Pichún nous a confié leurs réactions après la condamnation du Chili et a réfléchi sur les dettes d’État et des gouvernements en la matière.

Quel est le sentiment que vous avez après la résolution de la Cour Interaméricaine des Droits de l'Homme?

C'était une longue attente!!

C'est une sentence que nous savions être à notre avantage puisque, depuis le début des accusations portées contre mon père, Pascual Pichún, paix à son âme, nous avions déclaré son innocence, il n'a jamais eu aucune implication dans les événements qui lui étaient reprochés.

Cependant, malgré cela, le gouvernement et l'Etat en général ont condamné mon père en vertu de la loi anti-terroriste et l'ont envoyé en prison pour cinq ans.

Je crois que cette Cour lui a donné raison ; mon père quand il était en vie espérait que l'Etat pourrait lui demander pardon pour s'être trompé en lui appliquant cette loi.

Comme vous le dites, votre père a purgé cinq ans de prison, pensez-vous qu'avec cette
condamnation de l'État chilien, la justice est faite ? Lorsque Pascual Pichún est mort, le gouvernement n'a rien fait mais il a envoyé des condoléances.


Il est difficile de réparer les dommages subis. Mon père a passé cinq ans en prison et cela lui a causé divers problèmes de santé qui ont fini par l’achever. Qui va payer ces cinq années durant lesquelles mon père était absent de la famille, de la communauté, et de tous les engagements culturels ? Vous savez qu'il était lonko de la communauté. Tout ce temps, tout cela, personne ne peut le payer.

Je suis tranquille, je pense plutôt que cela (le jugement) va redorer le blason de mon père, parce qu'il n'a jamais été un terroriste ni la famille, ni la communauté, ni le peuple mapuche ne sont des terroristes. Nous avons revendiqué les droits qui nous avaient été confisqués, rien de plus.

Alors que la loi anti-terroriste continue d'être appliquée aux citoyens du peuple mapuche, que pensez-vous qu'on devrait faire avec cette loi dont on continue de débattre?

Je crois que la loi ne devrait même pas exister. Elle a été créée par la dictature, des gens qui avaient d'autres intérêts à l'époque et, aujourd'hui, on est supposé être dans une situation différente. Ainsi l'État a été condamné pour avoir appliqué cette loi, je pense que l'État devrait également examiner d'autres cas, tels que ceux de nos frères qui sont en prison à Angol ou à Temuco. Ils devraient faire
un examen de ces applications de la loi anti-terroriste.

Aujourd'hui le ministre de la Justice a parlé et a dit qu'ils respecteraient la condamnation de la Cour et donneraient une indemnisation appropriée. Dans votre cas, par exemple, en absence de votre père, attendez-vous des excuses de l'Etat chilien?

Nous espérons que Mme Bachelet ordonne des excuses publiques, parce qu'elle faisait partie d'un gouvernement de coalition, je pense qu'elle était ministre de la Défense à l'époque. La loi sur le terrorisme a été appliquée aux Lonkos et aux autres frères d'Ercilla pendant le gouvernement de Ricardo Lagos. Par conséquent, je pense qu'elle devrait s'excuser publiquement auprès de la famille,de la communauté et du peuple mapuche.

En outre, ceux qui doivent faire des excuses ce sont les complices de la loi anti-terroriste, comme Juan Agustín Figueroa, qui possède la ferme Nancahue, qui est toujours le président de la Fondation Pablo Neruda. Il était l'un de ceux qui a utilisé ses contacts politiques pour condamner mon père injustement.

Quel est l'état d'esprit de la communauté après avoir appris le jugement de la Cour
Internationale, après des années d'attente et le courage de poursuivre le gouvernement chilien à l'échelle internationale?


Je pense qu'il y a une sorte de satisfaction, pour blanchir une image qui a été imposée à la suite du procès à l'encontre de la communauté et de la famille. Je pense qu'aujourd'hui la communauté ressent le même sentiment que les gouvernements devraient avoir prévu cela, Ici, on savait bien que les Lonkos avaient été condamnés à tort. Je pense que mon père était spirituellement avec nous et, où qu'il soit, il est heureux que ce soit fini d'une manière satisfaisante.

Que pensez-vous du rôle du gouvernement dans tout cela et du Gouverneur Huenchumilla?


Alors qu'ils ont critiqué la loi anti-terroriste, ils ont semblé, dans d'autres cas, dire qu'ils allaient l'invoquer et continuer à poursuivre, c'est un discours très contradictoire. Je pense qu'avec le jugement de la Cour Internationale, un précédent a été reconnu internationalement démontrant que l'Etat chilien s'est trompé, qu'il a fait preuve de racisme et de discrimination à l'encontre des communautés. Cependant, je ne pense pas qu'il en résulte un changement majeur dans la relation entre le peuple mapuche et l'État. Il a été démontré que le gouverneur Huenchumilla a fortement critiqué le gouvernement, pour finalement être critiqué luimême. Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de changement après cette condamnation, je ne pense
pas qu'il y ait un changement radical sur ce sujet, quoique j'espère me tromper. Je voudrais, en tout cas, pour finir vous dire....

Bien sûr,

Je tiens à remercier de nombreuses personnes qui étaient avec nous depuis tout ce temps pour tenter de prouver l'innocence de mon père. Je parle des avocats, beaucoup de gens qui ont travaillé et participé à ce procès. Avocats, des travailleurs sociaux, des gens qui ont participé ... la FIDH, les remercier de leurs efforts et de ne pas avoir négligé ce cas. Nous n'avons à aucun moment payé, c'était leur seule volonté et cela nous l'avons toujours apprécié et les en remercions.

Terre et Liberté pour Arauco-France
Comité de Solidarité avec le Peuple Mapuche.

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