Mapuche-hommes de la terre
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31 janvier 2008
Fin de la grève de faim, communiqué de la Chepa.

Patricia Troncoso« À mon aimé peuple mapuche et à tous ceux qui mis dans ces mobilisations leur solidarité, leur générosité, leur engagement pour les revendications de notre peuple :

Je veux exprimer mes grands remerciements à vous tous, frères et sœurs, qui ont soutenu cette grève. Vous, tout comme moi, avons tourné le dos à la répression, nous avons vaincu le cercle des medias de communication, nous avons vaincu l’orgueil et l’arrogance du gouvernement et nous nous sommes remplis de générosité pour laisser de côté les intérêts personnels et mesquins pour d’autres intérêts plus solidaires qui assurent la justice et la liberté pour tout le peuple mapuche et chilien, tout deux pauvres, exploités par un modèle économique inhumain et prédateur.

Je veux préciser qu’aujourd’hui, oui, nous avons un document écrit qui décrit la forme et l’octroi des bénéfices, mais qu’il y a plus qu’un document, parce que nous avons comme garantie l’église au travers de Monseigneur Alejandro Goic qui est l’entité garante que cet accord sera respecté, et nous croyons cet engagement qui dit:
-CET et sortie dominicale pour Juan Millalen.
-CET et sortie de fin de semaine pour Jaime Marileo.
-CET et fin de semaine pour Patricia Troncoso et récupération à Temuco.

Bénéfices qui commenceront au début du mois de mars 2008, ce document est à la charge de l’église.

Nous voulons redire clairement, et en particulier à la droite, que l’octroi de ces bénéfices ne sont rien de plus, et rien de moins, que la reconnaissance du droit qu’a tout interne condamné, parce que comme tout le monde le sait, nous présentons les conditions nécessaires à l’obtention de ces bénéfices, il ne s’agit pas d’un acte de bienveillance, il s’agit d’un acte de justice.

Je veux redire clairement que les grèves de la faim que nous avons mené n’ont aucun autre but que la dénonciation des injustices auxquelles nous sommes soumis pour exiger le droit du peuple à la terre et à l’autonomie et dénoncer des jugements qui n’ont pas respecté les procédures légales, dénoncer l’application de lois hautement répressives comme la loi antiterroriste et la loi de sécurité intérieure de l’état utilisés par Pinochet pour réprimer, ces grèves de la faim seront toujours légales, si elle obéissent à la dénonciation d’injustices.

Nous savons que le conflit politico historique avec notre peuple obéi principalement à la reconnaissance de son territoire, autonomie et à l’exercice de ces conquêtes. Que les traités internationaux, les reconnaissances constitutionnelles ou autres papiers qui peuvent valider cet état de fait n’ont pas beaucoup d’importance, car c’est nous-mêmes qui devrons exercer nos droits, nous devrons respecter et persévérer dans le temps pour les futures générations.

C’est pour cela, qu’aujourd’hui, nous ne croyons pas en de “supposés efforts » que ferait le gouvernement dans cette direction, parce que toutes les volontés politiques ont toujours été au service de l’expansion des entreprises forestières, hydroélectriques, des aéroports, des projets miniers, de la destruction et de l’exploitation de la nature, sans jamais penser que cela pourrait mettre en péril nos petites terres et ce qui nous reste de nos ressources naturelles.

Nous pensons que ces efforts ont une finalité, celle de gommer la mauvaise image du gouvernement à l’étranger et de pouvoir recommencer à nous tromper sur le thème le plus important, qui est celui du territoire, de l’autonomie, tout en continuant à nier nos droits et à nous réprimer et à parler d’applications de lois antiterroristes. Pour tout cela, nous croyons que, une fois encore, le gouvernement ment à sa convenance et écrit avec sa main ce qu’il gomme avec son coude, que les gestes réels pour avancer dans le processus de reconstruction politique doivent être mesurés et orientés vers une recherche d’alliances politiques et stratégiques fines pour la reconstruction d’un mouvement sain, fort et conséquent avec l’histoire et avec les défis qui se présentent à notre peuple, aujourd’hui.

A la question.
qu’avons nous gagné avec ces mobilisations, nous pourrions répondre:

Un, d’avoir installé le thème sur la scène nationale et internationale pour ce qui concerne la gravité de la violence et de la militarisation des zones en conflit, là où les communautés, aujourd’hui, résistent.

Deux, nous croyons qu’au chili les conditions ne sont pas réunies pour traiter des lois antiterroristes et de la criminalisation des demandes du peuple mapuche. C’est pour cette raison que nous nous réservons pour la médiation qui va se réaliser au travers de la commission inter américaine des droits de l’homme, où nous pourrions obtenir un accord de plus grande importance concernant la loi antiterroriste, des jugements plus justes, des procès équitables et qui respectent la présomption d’innocence et la fin des témoins sans visage ou protégés.

Quatre, avoir réussit à faire entendre au gouvernement que le thème mapuche doit être abordé sérieusement, sans solution type pansement ou projets, mais plutôt en travaillant sur les thèmes de fond qui sont en relation avec territoire, autonomie, répression et militarisation des communautés et groupes d’appui dans les villes.

Mais sans doute, ce que nous avons gagné, sans être encore arrivé à réellement en prendre la dimension, c’est les retrouvailles de tout notre peuple mapuche. Nous sommes arrivés à nous retrouver des deux côtés de la cordillère, les puelches et les Wallmapu, et aujourd’hui nous sommes une seule proposition politique, sur ce qui est l’héritage de nos anciens « terre et autonomie ».

Nous avons aussi gagné pour nous mêmes, la confiance et le travail pour triompher, parce que les drapeaux que nous avons levé dans cette lutte sont justes et généreux. Ce qui pour chacun d’entre nous, du plus petit au plus grand, du plus humble au plus lettré, peut signifier dans un futur proche des changements réels en matière de respect des droits de l’homme, des changements d’un système économique prédateur et inhumain, plus de protection et défense des ressources naturelles « du peu qu’il nous reste », des législations qui permettent d’élever les exigences en matière d’impact sur l’environnement et l’utilisation de technologies propres pour les futurs investissements dans ce pays. Freiner l’avance des plantations de forêts industrielles, freiner la destruction des forêts natives, de la flore et de la biodiversité de nos territoires, tout en exerçant nos droits politiques individuels et collectifs.

Quelles sont nos principales taches après cette grève?

Établir un consensus sur une ligne politique qui permette d’aborder de manière responsable, sans protagoniste et petitesses le thème de fond pour notre peuple, territoire et autonomie et le droit à en profiter de manière intégrale.

Rechercher la réduction, au travers du travail des réseaux d’appui au chili et à l’étranger, de la grande répression à laquelle sont exposés de façon permanente les enfants, les femmes et les anciens.

Recommencer à dénoncer, au niveau international, la situation de violation des droits de l’homme qui affecte notre peuple.

Travailler et nous documenter sur le thème de la loi antiterroriste et la loi de sécurité intérieure de l’état, l’utilisation des armes de répression efficaces, la criminalisation de la cause au travers de jugements injustes, de témoins protégés et sans visages, procès irréguliers etc.

Finalement, je veux dire qu’aujourd’hui 30 janvier 2008, je mets fin à ma grève de la faim qui a duré 112 jours, parce que je crois dans l’engagement de l’église, à qui nous avons demandé d’intervenir en raison de son rôle dans la défense des droits de l’homme et du peuple pauvre et exploité par un modèle économique qui condamne l’humanité à perdre sa part humaine, généreuse et surtout sa relation à Dieu et à la nature.

Il ne me reste plus qu’à remercier monseigneur Alejandro Goic, qui a fait preuve d’une grande conséquence, responsabilité et surtout compréhension sur la difficulté de notre thème. Enfin, je veux clarifier que le problème politico historique du peuple mapuche est un problème qu’il faut continuer de régler et que cela ne dépends pas d’une grève de la faim, mais d’hommes et de femmes décidés à le faire. Et maintenant … au boulot. »

Tant qu’il y aura des coligües, des coligües naîtront.
Si un tombe, dix se lèveront.

Chaltumay Pu lamgen Newen tuaìñ – wewaiñ
PATRICIA TRONCOSO ROBLES, prisonnière politique mapuches, Chillan janvier 2008

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